EXPO FRANCE GHANA 2004

 

L' AGRICULTURE

La production est excellente, les cours se sont redressés, la qualité demeure très prisée, le Ghana a retrouvé son rang de second fournisseur mondial de cacao la tête haute. Toutefois, cette prépondérance dans le paysage agricole, occulte d'autres productions qu'il serait, sans doute, bon de développer dans un souci de diversification.

 

La production de cacao, cette année, s’annonce record. De 380 000 tonnes en 2000/01, la récolte est passée à 435 000 tonnes en 2001/02. Avec une récolte principale de 442 000 t en 2003, en augmentation de 38% par rapport à la campagne précédente (321 000 t), la production totale pour la dernière campagne, clôturée en septembre 2003, s’élève à 496 793 t exactement, selon le Ghana Cocoa Board (Cocobod). Sa valeur est estimée à $ 889,7 millions, la plus forte qui ait été enregistrée depuis 1965 (581 000 t avaient été produite lors de cette année record).

Il faut y ajouter quelque 60 000 t de cacao ivoirien passées illégalement au Ghana cette campagne, pour profiter des meilleurs prix payés aux producteurs. Avec ou sans cette contrebande, le Ghana renoue de toute façon avec les années fastes. Il retrouve sa place de numéro deux mondial et fournit 13% de la production mondiale, contre 36% pour la Côte d’Ivoire, 12% pour l’Indonésie, 12% pour le Nigeria, 6% pour le Brésil et 4% pour le Cameroun. Alors que la part de la Côte d’Ivoire va en baissant, celles du Ghana et du Nigeria ont augmenté ces trois dernières années.

Le numéro deux mondial s'affirme

Cette hausse de la production n’est pas miraculeuse. Elle résulte des efforts du gouvernement de John Kufuor, qui a lancé en 2001 un programme national de lutte contre les maladies du cacaoyer, véritablement démarré en 2003 avec des financements de 24 millions d’euros, le tout supervisé par le Cocobod, qui n’a plus rien à prouver en termes d’efficacité. Signe des temps : pour la première fois en 2003, tous les besoins en financement pour la prochaine campagne de cacao (un total de $ 650 millions) ont été trouvés au Ghana. Le Cocobod,l’organisme public chargé de réguler toute la filière, a obtenu des facilités de crédit pour l’achat des fèves auprès d’un consortium de 28 banques, parmi lesquelles les plus grandes banques du pays, Barclays et Standard Chartered, mais aussi le Crédit Lyonnais (un habitué) et pour la première fois, la Société Générale-SSB et Ecobank. Ces financements n’ont pas dépassé $ 300 millions en 2001/02 et 420 millions en 2002/03. C’est dire à quel point la confiance règne à l’égard du cacao ghanéen.Principal produit d’exportation après l’or, le cacao contribue à hauteur de 3 % au PIB et représente 30 % des recettes en devises du pays ($ 460 millions en 2002). Réputée pour son excellente qualité, cette matière première profite non seulement de la remontée des cours mondiaux, conséquence directe de la crise ivoirienne, mais aussi de laprime à "l’origine" qui lui est toujours payée par l’industrie mondiale (Nestlé, Mars, Hershey Foods, Kraft Jacobs Suchard et Cadburys).

La référence internationale pour les standards de qualité sur le cacao n’est autre que cette fameuse "origine Ghana". Basé sur l'épreuve àla coupe, le produit est trié en fonction du nombre de fèves défectueuses. Les limites fixéespar ce test sont 3 % maximum de fèves moisies par test, selon la Cnuced, avec la même proportion pour les fèves ardoisées et les fèves plates, germées ou attaquées par les insectes.

Pourquoi changer une équipe gagnante ?

L’arrivée d’une contrebande massive en provenance de Côte d’Ivoire ne va pas sans susciter l’inquiétude au sein du Cocobod. Son patron, Kwame Sarpong, reste imperturbable. "Au Ghana, le contrôle de qualité est l’un des plus serrés qui soient", affirme-t-il. Chaque sac de cacao, avant d’être expédié à l’étranger, est contrôlé par un inspecteur du Quality Control Department du Cocobod, qui y appose un sceau . Impossible, au Ghana, de tricher avec le temps de fermentation et de séchage, qui fait toute la différence par rapport au cacao ivoirien, plus chargé en humidité.

S’il est toujours question de privatiser le Cocobod, les autorités freinent des quatre fers. "Pourquoi modifier un système qui a fait ses preuves ?", s’interroge un acheteur. Beaucoup,même chez les opérateurs privés, défendent la qualité du travail réalisé par cet organe de régulation et les vertus du système en vigueur pour le planteur, auquel un prix fixe est garanti, avec une part de 67 % du prix FOB qui lui est effectivement reversée. Cette part devrait passer à 70% en 2004, contre 55 % seulement en 1997.

La libéralisation progressive

Réticent à la privatisation, le Cocobod, face à l’insistance des bailleurs de fonds, n’en a pas moins poursuivi une libéralisation progressive. Etabli en 1947, le Cocobod a d’abord dégraissé son propre personnel. A l’époque des Programmes d’ajustement structurel (PAS), ses effectifs sont passés de plus de100 000 personnes dans les années 1980 à 10 400 personnes en 1995, pour ne plus atteindre que 5 140 personnes en mai 2003.

Le Board s’est par ailleurs retiré de 92 plantations de café et de cacao détenues par l’Etat. A partir de 1992-1993, la commercialisation interne du cacao a été libéralisée, et des licenses ont été octroyées à une vingtaine d’opérateurs privés.  En 1999, la Produce Buying Compagny (PBC), une filiale du Cocobod responsable des achats internes, a été privatisée. Une part de 51 % de son capital a été acquise en 2000 par Apex Cocoa Resources, un consortium mené par l’organisme public Social Security 1 National Insurance Trust (SSNIT). La Cocoa Marketing Company (CMC), elle, a perdu en 2001 son monopole sur la commercialisation du cacao. Elle doit depuis compter avec la concurrence d’ex-portateurs privés. Enfin, en septembre 2002, ce fut au tour de la filiale spécialisée dans la transformation, la Cocoa Processing Company (CPC), d’être partiellement privatisée, avec une cession de 25 % de son capital à la Bourse d’Ac-cra. Dotée d’une usine de broyage à Tema, la CPC est le second transformateur du pays aprèsWest African Mills Cocoa Processing (Wamco) et avant Barry Callebaut. Sa production est passée de 13 500 t en 1992 à 25 000 t en 2001,pour un chiffre d’affaires de 234 milliards de cedis et des profits de 2,4 milliards.

L’objectif de la CPC consiste à traiter 60 000 t de cacao en 2004, pour un chiffre d’affaires de 603 milliards de cedis, et des profits de 53 milliards ($ 6,6 millions). De ses deux usines, situées à Tema, sortent des produits variés -beurre,liqueur, gâteaux, galets et poudre de cacao. Ces produits sont exportés à 95 %, vers les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Japon, qui sont aussi les principaux débouchés à l’exportation du cacao non transformé.

Le Cocobod continue d’agir seul dans les domaines de la recherche et du contrôle de qualité. S’il se déclare prêt à ne plus servir que d’organe régulateur, tout en encourageant la participation du secteur privé, cet organisme public n’en fixe pas moins des objectifs nationaux. Ses priorités consistent à parvenir à 500 000 t pour la campagne 2004/05, en mettant toujours l’accent sur la lutte contre les maladies du cacaoyer et en favorisant la plantation de zones délaissées. Autre volet important : favoriser la transformation du cacao sur place, y compris pour le faire entrer dans la composition de produits cosmétiques et pharmaceutiques.

 

Le bois tropical, troisième ressource à l’exportation

Quelque $ 178 millions de recettes (contre 175 millions en 2000) ont été tirées des bois tropicaux en 2002. Les variétés très diverses de bois proposées par le Ghana, avec une demande qui porte surtout sur le teck, représentent 11 % des exportations totales (contre 15 % en 2000). Malgré son rang de troisième ressource naturelle du pays, après l’or et le cacao, le bois ghanéen reste marginal. Elle couvre 11 % du territoire national. Sur les 6,3 millions d’hectares sont recouverts, 5 millions le sont par des forêts naturelles. Les plantations s’étendent sur 80 000 hectares, dont la moitié de teck et 20 000 d’hévéa. La production annuelle s’élève à 1,2 million de mètres cubes de rondins, exportés à 70 % dans la plupart des pays d’Europe, le reste allant en Asie (Japon, Singapour et Corée du Sud) et au Moyen-Orient (Israël, Liban, Arabie Saoudite), sans oublier l’Afrique (Sénégal en tête), un marché de quelque 25 000 m3 annuels.

Le pays compte 250 sociétés d’abattage, une centaine de scieries et 200 fabricants de meubles, qui emploient un total de 75 000 personnes. Portes,contreplaqué, parquets et moulages sont fabriqués au Ghana par quelques dizaines d’exportateurs. L’augmentation de ces activités de transformation,qui porte sur 10 % des grumes brutes, explique le Timber Export Development Board (TEDB), a fait régresser les exportations de bois brut. Celles-ci sont passées à moins de 500 000 m3 en 2002, alors qu’elles s’élevaient à 700 000 m3 dix ans plus tôt.

Alors que les exportations de sciages séchés artificiellement et à l’air libre portent sur plus de 240 000 m3 d’essences tropicales (obeche, iroko, acajou), les exportations de produits transformés, elles, portent sur moins de 50 000 mètres cubes (2 400 mètres cubes pour les parquets, 24 000 mètres cubes pour les moulages et autres produits travaillés. Le reste provient des placages et des plots en teck séchés à l’air, un marché de niche qui dispose d’un important débouché en Inde.

 

 

 

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