
LE CONTRECOUP DE LA CRISE IVOIRIENNE
Contrairement à toute attente, très peu d’investisseurs français implantés en Côte d’ivoire se sont installés au Ghana. "Notre chiffre d’affaires n’a pas augmenté", affirme Gil Recizac, directeur à Accra de la société de déménagement AGS Frasers International. Même son de cloche du côté de Didier Compain, patron de Surf Publications, une société d’édition qui fabrique le bottin téléphonique du Ghana. "La crise ivoirienne ne nous a pas rapporté beaucoup de clients",affirme ce chef d’entreprise. Vu d’Abidjan, pourtant, le Ghana n’est pas sans avantages. Sa proximité géographique et sa stabilité politique en font une base de repli commode.
Remarqué depuis 2000 pour son alternance démocratique, l’une des rares ces dernières années sur le continent noir, le Ghana est loin, cependant, d’avoir le même rayonne ment économique que la Côte d’ivoire. Bien que plus nombreux qu’au pays de Laurent Gbagbo, ses 20,2 millions d’habitants ne représentent pas un marché de taille comparable. Avec une inflation à deux chiffres (22 %en 2003) et une monnaie nationale, le cedi.
Deux détails pratiques ne jouent pas non plus, du moins pour les francophones : aucun vol direct ne relie Accra à Paris ; l’école française, avec 300 élèves, ne dispense des cours que jusqu’à la classe de cinquième. Résultat : quelques
dizaines de PME-PMI françaises et libanaises ont choisi de s’implanter au Ghana, tout en conservant, pour certaines et pour le moment, leur activité en Côte d’Ivoire. En 2003, deux nouveaux restaurants français ont fait leur apparition à Accra, les chefs cuisiniers de "Chez Olivier" et "La Farigoule" ayant préféré quitter Abidjan.
La tentative ratée de coup d’état par la rébellion militaire, en septembre 2002, suivie les accords de Marcoussis et l’essor d’un sentiment anti-français en Côte d’ivoire ont entamé la confiance. Il n’y a pas eu les déplacements de population redoutés par les Nations unies,notamment parmi les pêcheurs ghanéens installés depuis des générations le long de la côte ivoirienne.
Mais le grand voisin francophone tourne au ralenti. L’effondrement de l’état ivoirien s’est traduit par la corruption galopante des forces de l’ordre dans ce pays. Policiers et militaires arrêtent les véhicules sur toutes les routes du pays. Sur l’axe Abidjan Ouagadougou, il faut désormais compter 1 500 euros de "frais de passage non nécessaires" (autrement dit, en corruption), affirme un exportateur, contre un coût pratiquement nul au Ghana. Sur les routes ghanéennes, les barrages de police, peu nombreux,laissent place à une certaine corruption, à coups de billets de 5 000 cedis (0,5 euro) "mais toujours avec le sourire et dans un esprit bon enfant", note un opérateur portuaire.
IMPRESSION SUR LA PRÉSENCE FRANÇAISE AU GHANA
Pierre-André Taulet, directeur général de la Société Générale - SSB Bank, souligne l'intérêt que suscite le Ghana mais les difficultés auxquelles se heurte un investisseur francophone.
Marchés Tropicaux : Depuis le rachat de la SSB Bank par la Société générale, avez- vous ressenti les effets de la crise ivoirienne ?
Pierre-André Taulet : Nous avons observé un mouvement assez fort depuis un an. Une quarantaine d’entreprises françaises et libanaises ont prospecté ou ouvert des filiales. Cependant, de grands noms comme les Simon, d’Abidjan, ne sont pas encore là.
Pourquoi ?
Les investissements de long terme pour exploiter les richesses du Ghana sont là, ils sont déjà faits. Le Ghana est un pays caché.Quand on ne le connaît pas, on ne pense à prendre que les listes de mines d’or et des préparateurs de cacao. En arrivant, on a des surprises. Unilever, Heinz, Heineken sont là, Goldfields et Newmont vont investir dans le secteur minier. Du côté des groupes français, il manque sans doute Air France, pour une liaison directe avec Paris, et de grands distributeurs comme Auchan ou Carrefour. Ensuite se pose le problème des infrastructures, qu’il s’agisse de l’électricité, du téléphone, de l’eau ou des routes. L’état des routes et l’encombrement des ports, Tema et Takoradi, empêchent le Ghana de devenir une terre de transit.
L’obstacle linguistique, dans ce pays anglophone, vous paraît-il réel ?
Oui, c’est gênant pour un homme d’affaires francophone de 65 ans, qui a construit un empire à l’échelle de l’Afrique mais qui ne sait pas parler anglais, de se retrouver en milieu anglophone. Au Ghana, les règles de bien séance ne sont pas du tout les mêmes que dans l’Afrique de l’ouest francophone. C’est considéré comme un privilège d’avoir des visiteurs à l’heure du déjeuner, le dimanche après la messe.
Ces différences sont-elles perceptibles quand il s’agit d’affaires ?
Un autre obstacle existe, administratif. Le Ghana n’a pas encore “désarmé” sur le plan réglementaire, fiscal et douanier. Les zones franches sont très encadrées. Il n’y a pas de bureau unique pour la création d’entreprises. Le volume de paperasse à remplir est très lourd, sans qu’il soit forcément accompagné de corruption. C’est le côté propre et formel, un peu "major Thompson" du Ghana.
LES DIX PREMIÈRES ENTREPRISES DU GHANA
1- Commercial Bank of Ghana (CBG, banque commerciale)
2- Scancom (télécommunications mobiles)
3- Barclays Bank (banque commerciale)
4- Ecobank (banque d’affaires)
5- Aluworks (aluminium)
6- Unilever (industrie)
7- Société Générale-SSB Bank (banque commerciale)
8- British American Tobacco (BAT, tabac)
9- Standard Chartered Bank (banque commerciale)
10- Coca-Cola (agro-alimentaire)
Source :Ghana Investments Promotion Center (GIPC)

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