

ÉNERGIE
Très attendu, un nouveau pipeline devrait acheminer au Ghana du gaz nigérian et pallier ainsi les déficiences nationales. De ce projet sous-régional dépend l’essor du Ghana, qui entend libéraliser entièrement le secteur de l’énergie.
Malgré le barrage d’Akossombo et l’existence de deux centrales thermiques, l’une à Tema, l’autre à Takoradi, pas moins de 12 % de l’électricité produite au Ghana provient des particuliers. Des générateurs sont installés dans les maisons et les entreprises, pour pallier les coupures intempestives de courant. Fréquentes, ces interruptions dépassent rarement quelques minutes. Parfois, la surtension est telle, après le rétablissement de l’électricité, que certains appareils (TV) ne résistent pas. Les usines du pays sont toutes équipées de générateurs, une solution chère – mais "moins que si l’usine s’arrête pendant trois jours", explique Gilles Moisan, le directeur général au Ghana du groupe textile hollandais Vlisco.
Le thermique passe devant l'hydraulique
Dans un pays en principe doté d’une capacité annuelle de 1 652 mégawatts (MW) annuels, la production ne dépasse pas 900 MW. Pour satisfaire une demande estimée à 14 000 gigawatts heure (GWH) par an, il faut importer entre 500 et 650 GWH de Côte d’ivoire.
Toute une série de facteurs expliquent cette situation, à commencer par la vétusté des équipements. Les 37 transformateurs du pays, de même que les 4 000 Km de lignes pour la distribution, restent à moderniser. Les pertes générées par ce réseau de distribution portent, selon le PEE à Accra, sur 26 % de la production totale. A lui seul, le barrage d’Akossombo peut produire 912 MW par an, mais n’en fournit pas plus de 160, en raison de son faible remplissage, ainsi que des travaux en cours pour moderniser ses turbines. Le pays dépend donc, depuis 2002, de ses deux centrales thermiques, situées dans les ports de Tema et Takoradi. Leur part dans la production nationale est passée de 35 % à 65 %, tandis que la part de l’énergie hydraulique a chuté, de 81 % à 35 %.
Une profonde réforme à l'étude
Le pays, cependant, cherche à sortir de cette impasse. Une profonde réforme est à l’étude, en vue de libéraliser le secteur. Elle ne pourra pas faire l’économie d’une révision des prix, un sujet très sensible politiquement. En principe, les deux centrales thermiques devraient être privatisées. La VRA ne devrait conserver que la production hydraulique, à Akossombo et Kpong. En outre, les plus grands consommateurs du pays, les sociétés minières, seraient autorisés à construire leurs propres centrales et à décider de leurs tarifs.
La distribution, elle aussi, devrait être privatisée par tranches géographiques. Le réseau devrait ainsi être divisé en cinq zones : l’ouest et le centre, la région Ashanti, le grand Accra, la région Nord et une zone à l’est qui comprendrait Tema. Le Northern Electricity Departement (NED), la filiale de
VRA créée en 1987 pour distribuer l’électricité dans le Nord du pays, disparaîtrait purement et simplement. Chacune de ces zones devrait, en effet, être gérée par l’Electricity Company of Ghana (EGC), l’autre filiale de VRA actuellement en charge de la distribution dans le Sud du pays, en joint-venture
Avec un partenaire étranger. Dans chaque région, ce partenaire pourrait être différent. L’autorité compétente en matière de privatisations, le Divesture Implementation Committee (DIC), a déjà prévu une division précise du travail : la gestion reviendra au partenaire international et les infrastructures à l’EGC. Reste à trouver des candidats et à fixer un calendrier.
Les promesses du gazoduc ouest africain
Un grand projet de gazoduc pourrait faciliter cet effort, en changeant radicalement la donne sur le front de la production. Le West African Gas Pipeline (WAGP), également appelé Projet du gazoduc ouest africain (PGOA), est en passe de se concrétiser. Des appels d’offres ont en effet été lancés en juillet, pour un chantier de $ 500 millions qui devrait démarrer en mars 2004 et s’achever en juin 2005. Le projet porte sur la construction d’un pipeline de 800 Km entre Alagbado (Nigeria) et Effasu (Ghana), via le Bénin et le Togo. D’une capacité de 3,6 millions de m3 par jour (160 milliards par an), le gazoduc approvisionnera la centrale à cycle combiné de Takoradi, au Ghana, qui tourne
Aujourd’hui au fuel léger. Il profitera aussi au Togo et au Bénin. Au total, cinq stations de compression sont prévues, à Cotonou (Bénin), Lomé (Togo), ainsi que Tema, Takoradi et Effasu au Ghana.
D’ores et déjà, une société sous-régionale a été montée. La Société du gazoduc ouest africain (Sogoa, Wagpco en anglais), basée aux Bermudes, regroupe Chevron Nigeria Ltd (CNL, 36,7%), Nigeria National Petroleum Corporation(NNPC, 25%), Shell Petroleum Development Corporation (SPDC, 18%), ainsi que la VRA (16,3 %) et les deux sociétés nationales du Bénin et du Togo, Sobegaz (2%) et Sotogaz (2%). L’ensemble du projet porte sur $ 2 milliards, avec des projets annexes qui portent sur la construction de centrales électriques ($ 600 millions) et de nouvelles industries (800 millions).
Des appels d’offres ont été lancés, mais le gazoduc butte sur des questions de financement.
En dehors du Nigeria, les sociétés nationales africaines membres de la Sogoa n’ont pas les fonds nécessaires. Le Togo et le Bénin ont déjà cédé leurs parts à Chevron Texaco et Royal Dutch Shell.Le Ghana pourrait suivre, faute d’avoir obtenu un prêt de la Banque mondiale, qui a pourtant investi directement dans un projet similaire: l’oléoduc qui relie le Tchad au Cameroun.

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